En République centrafricaine, la hiérarchie minière s’inverse à grande vitesse. Longtemps pilier des exportations, le diamant cède du terrain, tandis que l’or, porté par un marché international en forte tension, avec une hausse de près de 70% du prix de l’once en 2025, redessine les équilibres du secteur extractif. Selon la note d’information du marché des titres publics à fin 2025 publiée en février dernier par le ministère des Finances et du Budget, les ventes de diamants ont chuté à 55 449,7 carats l’année dernière, soit un repli de 28,4%.
En valeur, les recettes s’établissent à 3,41 milliards Fcfa, en baisse de 38,4%. À l’inverse, l’or affiche une performance exceptionnelle. La production atteint 4,39 millions de grammes (+670,5%), générant 131,7 milliards Fcfa de recettes (+820,9%) et 2,95 milliards Fcfa de taxes. Ce basculement confirme l’attractivité croissante de la filière aurifère, désormais locomotive du secteur primaire centrafricain. Mais il met aussi en lumière la fragilité persistante du diamant, longtemps considéré comme une ressource stratégique.
Au-delà des dynamiques de marché, cette contre-performance du diamant s’inscrit dans des contraintes structurelles bien documentées. Dans un rapport publié en 2025, la Banque africaine de développement (BAD) estime qu’environ 75% de la production de diamants échappe au contrôle de l’État. L’institution pointe également un secteur extractif miné par l’informalité, la corruption, l’insécurité et les flux transfrontaliers illicites. Résultat : malgré l’abondance des ressources naturelles, la contribution du secteur minier au PIB reste limitée à 2,8%, bien en deçà de la moyenne de 9,6 % en Afrique subsaharienne. À cela s’ajoute un régime fiscal peu contraignant, avec des taux d’imposition de 2,5% sur l’or et 4% sur le diamant, qui limite les retombées budgétaires.
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Plus préoccupant encore, les pertes liées aux flux financiers illicites dans le secteur extractif sont estimées à 267 millions de dollars par an, soit près de 150 milliards Fcfa (l’équivalent de 17% du PIB), selon la BAD. Un manque à gagner considérable pour un pays en quête de ressources pour financer son développement.
Dans ce contexte, la performance de l’or apparaît comme une opportunité, mais aussi comme un test pour la gouvernance publique. La BAD souligne, notamment, le potentiel de la digitalisation des administrations fiscales et minières, encore embryonnaire avec seulement 12% des services publics numérisés, pour améliorer la transparence et limiter les fuites de capitaux. Au-delà du secteur minier, le ministère des Finances et du Budget estime que l’économie centrafricaine conserve des perspectives prometteuses à moyen terme. Le secteur primaire présente un profil attractif, porté par l’abondance des ressources, un fort potentiel de rattrapage et une contribution croissante à la croissance. Les relais les plus dynamiques se situent dans l’agro-industrie, la transformation du bois, la filière aurifère et les chaînes de valeur de l’élevage.
Les exportations restent toutefois concentrées autour de quelques produits clés : l’or, les diamants, le bois (grumes et sciages), ainsi que le coton et le café. En clair, la diversification demeure un enjeu majeur pour réduire la vulnérabilité de l’économie aux chocs externes. Pour concrétiser ce potentiel, plusieurs conditions restent déterminantes, notamment l’amélioration continue de la situation sécuritaire, le développement des infrastructures rurales, la structuration des filières et la mise en place de mécanismes de mitigation des risques, notamment à travers des partenariats public-privé, des financements concessionnels et des dispositifs de garantie.
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