Avec 90,35% des voix exprimées, Brice Clotaire Oligui Nguema a été déclaré vainqueur du premier tour de l'élection présidentielle du 12 avril 2025 après environ 20 mois de Transition. Au-delà de l’euphorie qui entoure cette victoire écrasante jamais enregistrée dans ce pays depuis l’avènement du multipartisme dans les années 90, le leader de la plateforme politique Le Rassemblement des Bâtisseurs (RDB) aura fort à faire vu de nombreux défis qui se posent.
Réduire la dette
Après le coup d’État du 30 août 2023, de nombreux investisseurs ont manifesté leur réticence à injecter des capitaux au Gabon. Le retour à l’ordre constitutionnel, entériné le 13 avril 2025, constitue un signal rassurant. Cependant, la dette publique, estimée à 7 500 milliards de FCFA, reste préoccupante pour un pays de 2,3 millions d’habitants. Le FMI prévoit un taux d’endettement de 78,9 % du PIB à fin 2025. Bien que cette dette soit « héritée de l’ancien régime », le président Oligui devra activer des leviers de réduction, avec pour objectif de ramener le niveau d’endettement sous le seuil de 70 %, admis dans la CEMAC. Il s’agit non seulement de restaurer la confiance des bailleurs de fonds, mais aussi de dégager des marges pour améliorer l’accès aux services sociaux de base. Dans un rapport de juillet 2024, le FMI indiquait qu'« avec les politiques actuelles, la dette suit une trajectoire explosive à moyen et long terme, et les besoins de financement sont élevés, signalant un fort risque de surendettement si aucune mesure n’est prise. »
Gouvernance
L’un des axes majeurs du projet de société de Brice Clotaire Oligui Nguema porte sur la gouvernance et les institutions. En insistant sur la nécessité de développer une administration performante, Oligui Nguema mesure les lacunes de l’environnement public. Pour le FMI par exemple, la gouvernance des entreprises publiques est déficiente dans la mesure où le cadre réglementaire régissant les entreprises publiques au Gabon est quasiment inexistant. Le principal défi du président élu consiste donc, de ce point de vue, à adopter une loi sur la gouvernance des entreprises publiques et l'amélioration de la transparence. « Les caisses de sécurité sociale gabonaise présentent des risques budgétaires importants, qui seraient accrus en l'absence de réformes urgentes en matière de gouvernance. Le fonds de pension public (Cppfae) compte un nombre croissant d'engagements non capitalisés. Le fonds de pension privé (Cnss) souffre de mauvaise gouvernance et d’importants arriérés de paiement des retraites. La caisse d'assurance-maladie (Cnamgs) accumule des arriérés envers ses fournisseurs, ce qui détériore la qualité des services de santé fournis à ses membres », illustre l’institution de Bretton Woods.
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Chômage jeune
Au cours des 7 prochaines années, les Gabonais attendent aussi du président Oligui Nguema qu’il règle substantiellement le phénomène du chômage. En 19 mois, il revendique certes la création de 26 900 emplois dans le secteur public et privé mais beaucoup reste à faire. Les chiffres officiels font état de près de 36 % de jeunes (entre 15 et 24 ans) qui peinent à trouver un emploi. Et pour inverser la tendance, Oligui Nguema sera jugé sur sa capacité à améliorer l’accès aux financements afin de favoriser le développement des PME et créer plus d'emplois. Pour ce faire, il est notamment attendu la mise sur pied d’un fonds de 20 milliards de Fcfa auprès de la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) et le financement de la formation professionnelle, promesse faite lors de la campagne.
Eau et énergie
L’eau et l’énergie constituent deux sources d’énergie fondamentales dans le fonctionnement des ménages et des industries. Or, le Gabon se caractérise par des perturbations de ces services sociaux. Lors de la campagne électorale, Brice Clotaire Oligui Nguema a dit faire des coupures intempestives d’eau et d’électricité, des « adversaires ». Ainsi, a-t-il promis de scinder en deux entités autonomes, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg) en proie à un déficit d’investissements ces dernières années. Toutefois, il convient de souligner que la séparation de la SEEG ne serait pas le bout du tunnel en témoigne le cas du Cameroun où, malgré l'existence de Camwater; entreprises publique en charge de la distribution de l'eau potable, Eneo et Sonatrel respectivement pour la distribution et le transport, les plaintes restent récurrentes. On parle d'une nécessité d'implémenter un plan de redressement du secteur de l'électricité en l'occurrence.
Doper la croissance et la diversifier
Pour le FMI, les perspectives économiques du Gabon sont fragilisées par l’épuisement progressif des ressources pétrolières. En l’absence de diversification, la croissance devrait ralentir à 1,6 % à long terme, contre 2,7 % en 2025. Des déséquilibres budgétaires persistants pourraient compromettre la capacité du pays à faire face à ses obligations à court terme, et rendre sa dette insoutenable. La diversification de l’économie s’impose donc comme une priorité pour stabiliser la croissance et réduire la vulnérabilité externe.
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