Chargement des breaking news...
Politiques PubliquesEecomembre

Fiscalité : faute d’un système d’adressage efficace, le Cameroun perd environ 60 milliards Fcfa de revenus potentiels issus des locations Airbnb et Booking

Selon le fisc, ces plateformes ne fournissent pas les informations nécessaires pour identifier les contribuables, ce qui rend difficile la perception des taxes sur les locations meublées.

Publiée lundi 28 octobre 2024 à 20:18:55Modifiée lundi 28 octobre 2024 à 20:18:58Temps de lecture 4 minPar Jean Omer Eyango

Siège de la Direction générale des impôts au Cameroun

Pays aux attraits touristiques indéniables avec plus d’un million de visiteurs annuels, le Cameroun laisse échapper des revenus fiscaux considérables en raison de l’absence d’un système d’adressage fiable. Selon des estimations de l’Institut national de la statistique (INS), rien qu'en 2018, le Cameroun a enregistré 2 142 425 arrivées dans les établissements d’hébergement pour un total de 4 006 973 nuitées. En supposant une taxe de séjour estimée à 2500 Fcfa par nuitée, le potentiel fiscal non exploité aurait atteint plus de 10 milliards Fcfa. En estimant que chaque visiteur est resté en moyenne 1,8 jour dans un hôtel en 2018, cette donnée porte à un peu plus de 18 milliards Fcfa le potentiel fiscal non exploité. Une somme précieuse dans un contexte économique où le pays peine à boucler son budget sous la pression du Fonds monétaire international (FMI) pour élargir l'assiette fiscale.

En outre, l’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) de 15% et les taxes applicables aux établissements hôteliers dont l’impôt sur les revenus locatifs ne sont pas perçus par l’Etat, entraînant une perte annuelle estimée à 60 milliards Fcfa, selon les estimations d’une startup d’adressage en collaboration avec le data Lab’ de Kilimandjaro, un cabinet conseil en études de marché.

En effet, l’administration camerounaise, notamment la Direction générale des impôts (DGI), peine à suivre les revenus générés par les locations de courte et longue durées proposées sur des plateformes numériques telles qu'Airbnb, Booking ou Expedia. Le Cameroun souffre d’un système d’adressage obsolète : dans de nombreuses villes, les rues et quartiers sont sans nom, les numéros de maison sont souvent inexistants, et les codes postaux absents, rendant l’identification des habitations impossible. Cette situation empêche l’administration fiscale de suivre les revenus issus de ces activités. Cas illustratif, actuellement, le Cameroun n’exploite pas pleinement l’opportunité de collecter les taxes de séjour sur les locations meublées proposées via ces plateformes. Fixée de 0 à 5000 Fcfa par jour et par personne (variable en fonction du nombre d'étoiles des établissements), cette taxe échappe au contrôle de la DGI, faute de localisation précise des logements concernés.

La DGI à la recherche de solutions

Conformément à l’article 92 du Code général des impôts, les plateformes numériques (Airbnb, Booking, etc.) sont censées collecter et reverser les taxes dus. Cependant, contrairement au modèle français, par exemple, ces plateformes contribuent à l’évasion fiscale au Cameroun. La DGI est consciente de ce manque à gagner et de l’urgence d’y remédier. Rose Claire Armelle Martine Fosso Tchuankam Epse Mbamfon, inspectrice principale des impôts et chef du Centre régional des impôts du Centre extérieur (CRIC EXT), reconnais les défaillances du système actuel. « L’absence d’un système d’adressage fiable complique notre tâche. Les plateformes comme Airbnb et Booking ne fournissent pas les informations nécessaires pour identifier les contribuables, ce qui rend difficile la perception des taxes sur les locations meublées. Nous devons trouver des solutions pour capter ces recettes fiscales ». Depuis mai 2024, des actions menées par le CRIC EXT, sous la coordination de Mme Mbamfon, visent à sensibiliser et accompagner les contribuables du secteur, avec des résultats encourageants, mais une action à grande échelle est nécessaire.

En France, des mesures ont été mises en place pour garantir le contrôle des revenus locatifs générés par ces plateformes. Airbnb, par exemple, est tenu de collecter la taxe de séjour lors de la réservation et de transmettre des rapports sur les hôtes et les adresses des biens loués. En 2023, cette stratégie a permis à la France de collecter 122 milliards de Fcfa en taxes de séjour et 386 milliards de Fcfa en impôts sur les revenus locatifs, pour un total de 508 milliards de Fcfa de recettes provenant des locations en ligne. Un modèle similaire au Cameroun permettrait de renforcer l’assiette fiscale.

Il est impératif pour le Cameroun de moderniser son système d’adressage et d’adopter des politiques obligeant les plateformes à collecter les taxes locales. En intégrant des solutions numériques, comme d’autres pays l’ont fait, et en établissant un partenariat avec ces plateformes, l’État pourrait capter ces revenus cruciaux pour le trésor public. Sans de telles réformes, le Cameroun continuera de perdre chaque année une manne financière essentielle, nécessaire au financement de ses infrastructures et de ses services publics. Une modernisation de cette ampleur serait, en fin, un signal fort de l’engagement du pays à s’aligner sur les standards internationaux pour optimiser ses ressources fiscales et soutenir une économie en pleine croissance.

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article nécessite un abonnement EcoMembre pour y accéder.

Contactez le service client
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Dans la même catégorie

Articles similaires

Actuellement en kiosque

Les plus lus

1
2
3
4
Recevez notre briefing économique et financier tous les jours avant 10 heures.

En vous inscrivant à la newsletter, vous acceptez de recevoir nos communications. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

EcoMatin SRL : BE1003.413.035

Avenue Louise 523, 1050 Ixelles

© Copyright EcoMatin 2026. Tous droits reservés.