Le 11 mars 2025, le Parlement camerounais entame sa première session de l'année législative . Cette session de mars est traditionnellement consacrée à l'élection des membres du bureau de l'Assemblée nationale et du Sénat. À la veille de ce rendez-vous, les réélections de Cavaye Yéguié Djibril, président de l'Assemblée nationale depuis 1992, et de Marcel Niat Njifenji, président du Sénat depuis 2014, semblent acquises de l'avis de certains analystes politiques. La raison, en dépit des critiques liées à leur longévité aux affaires et à leur âge avancé (85 ans pour le premier et 91 ans pour le second), les deux hommes bénéficient néanmoins de la majorité parlementaire du parti au pouvoir dont ils sont issus. De ce point de vue, leur réélection s’annonce pour ainsi dire, stratégique à sept mois de la présidentielle d'octobre compte tenu de leur poids dans les aires géographiques dont ils sont originaires et qui constituent sans aucun doute un fort potentiel électoral.
Cependant, après l’élection des bureaux qui intervient généralement pendant les deux premières semaines de la session (qui dure un mois), les débats autour des problèmes cruciaux seront mis sur la table. Au cours des séminaires, conférences avec les membres de la société civile, le secteur privé, les partenaires au développement, les parlementaires, en l’occurrence les députés, devront en tant qu’élus du peuple, débattre des solutions concrètes à présenter aux membres du gouvernement. Les réponses concrètes à ces nombreux défis seront déterminantes pour gagner la confiance des potentiels électeurs à l'approche de l'élection présidentielle d’octobre 2025 et des législatives de 2026.
Sur plan politique
La crédibilité de la présidentielle semble, du point de vue de certains acteurs politiques, prévue en octobre prochain, repose sur la publication de la liste électorale. Question sur laquelle doivent plancher les députés et sénateurs au regard des polémiques autour. L'on se souvient qu'en début d'année, le président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, a porté plainte contre Election Cameroun (Elecam) pour l'obliger à publier la liste électorale pour plus de transparence.
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En retour, l'institution en charge de l'organisation des élections au Cameroun, a avancé pour principale raison, le piratage qu'a subi son site internet ; un acte qui aurait endommagé les données y contenues. Parallèlement, la question de la révision du Code électoral revient en boucle à l'approche de la présidentielle. « On demande une élection à deux tours, que seul le procès-verbal d’Elecam ne fasse pas foi... », souffle un député de l'opposition.
Inflation, connexion internet
Sur le plan économique, députés et sénateurs sont attendus sur la question de la vie chère. Alors que le gouvernement table sur un taux d’inflation de 4% à fin 2025, le pays a débuté le mois de janvier avec 5,3%, entretenue en grande partie par une surenchère au niveau des prix des produits alimentaires (pain, céréales, légumes, viandes, poissons, farines, huiles végétales…) et des transports qui représentent 40% de la facture totale de la consommation finale des ménages. Bien plus, ce serait encore l’occasion pour les Parlementaires d’examiner la question de la pression fiscale qui se pose avec acuité. Cet aspect s’avère nécessaire pour lever l’équivoque au niveau de la pression fiscale que le patronat camerounais, appuyé par des enquêtes de l’Institut national de la Statistique, menées auprès des chefs d’entreprises, juge élevé (estimé à 13,6% en 2024).
La qualité de la connexion internet caractérisé par des perturbations récurrentes, n’est pas en reste dans un contexte où l’opérateur historique des télécommunications au Cameroun (Camtel), et les entreprises privées se rejettent la responsabilité tandis que la mauvaise connexion internet continue d’impacter particulièrement l’activité économique, en dépit des coûts y afférents.
Volet social
Pour ce qui est du domaine social, EcoMatin estime que la gestion des ordures doit impérativement interpeller les parlementaires. Deux ans après que le chef de l'Etat a « prescrit au gouvernement de trouver en urgence une solution pérenne au problème du ramassage des ordures ménagères dans nos villes, en collaboration avec les communes et les communautés urbaines », la situation n'a quasiment pas évolué. Pour preuve, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a encore interpellé les différents acteurs de la chaîne le 25 février dernier, instruisant même la formation d'un groupe de travail chargé de lui présenter des solutions concrètes au plus tard ce 10 mars 2025. Dans leur rôle de contrôle de l'action gouvernementale, les députés sont interpellés pour débattre de l'état des routes qui se dégradent davantage dans les villes du pays, compliquant par la même occasion, la mobilité des personnes et leurs biens.
Evidemment, les parlementaires ne sauraient faire abstraction de l'accès à l'eau potable et à l'électricité qui font l'objet de nombreuses plaintes. En réalité, les coupures intempestives de courant augmentent la frustration des consommateurs d'électricité, malgré les sacrifices financiers consentis par l’Etat. Dans les zones rurales, le taux d'accès est estimé à 48% ; tandis que les villes, le rationnement récurrent constitue le quotidien des citoyens. Et en milieu urbain notamment à Yaoundé, les 10 milliards alloués par le Président de la République pour exalter les vertus du projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et ses environs à partir de la Sanaga tardent à se traduire en réalité dans les ménages.
Education
Au niveau de l'Enseignement supérieur, l'actualité atour des enseignants recalés dans le cadre du recrutement de près de 1 000 enseignants d’université titulaires de doctorat Ph, préoccupe. De plus, selon l'universitaire Aba'a Oyono, « le malaise est très profond dans l’enseignement supérieur, lequel ploie sous le poids pesant d’une dette académique abyssale, allant de 2000 à 2021. Comment comprendre qu’elle ne soit encore payée alors même qu’elle est inscrite en dépense dans au budget 2024 de l’État? »
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