La Banque africaine de développement (BAD) alerte sur une éventuelle annulation des financements approuvés depuis trois ans, pour la réalisation des projets dans divers secteurs d’activités au Cameroun. Ce, faute de décaissement quasi absent ou jugé très faible. Selon Léandre Bassolé, directeur général du bureau régional de la BAD pour l'Afrique centrale et chef de bureau pays pour le Cameroun, « six projets représentant un montant d'environ 265 milliards de FCFA sont éligibles à l'annulation au regard de la directive présidentielle relative à la préparation du budget 2023. Or, ce ne serait vraiment pas bien pour le gouvernement d’annuler ces projets », a-t-il expliqué le 14 juillet à Yaoundé, lors de la revue à mi-parcours du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028, combinée à la revue de la performance du portefeuille des projets financés par la Banque au Cameroun.
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Selon, le patron régional de la BAD, cette menace de suspension découle de multiples goulots d’étranglement : lenteurs administratives, manque de suivi-évaluation et retards dans la mobilisation des fonds de contrepartie, qui peinent à atteindre le rythme requis de 10 milliards FCFA par mois. À titre d'illustration, le responsable pays de la BAD relève que certains projets, bien que signés depuis 15 mois, n'ont encore fait l'objet d'aucun décaissement.
D'autres, dont la clôture du financement est pourtant fixée au 31 décembre 2026, affichent un taux de décaissement de seulement 60 %. De même, alors que la durée de vie standard des projets de la BAD est de cinq ans, certains programmes approuvés depuis deux ans au Cameroun ont à peine atteint un taux de décaissement de 10 %. De plus, le délai moyen d'entrée en vigueur des projets s'élève à 16 mois au Cameroun, soit plus de cinq fois le seuil standard de la BAD.
Cette inertie limite le taux de décaissement global du pays à seulement 26 %. Parmi les chantiers les plus critiques, le projet d'assainissement pluvial durable de Yaoundé, qui « sommeille » depuis 16 mois, tandis que le programme d'aménagement des routes d'accès à la zone industrielle et portuaire de Kribi plafonne à un taux de décaissement de 2,5 % deux ans après son entrée en vigueur.
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Face à ces difficultés, Yaoundé dispose encore de deux options : procéder à des annulations partielles de crédits ou solliciter, justificatifs solides à l'appui, des prorogations de délais. Les retards dans la signature et les décaissements des financements mettent en lumière la problématique des soldes engagés non décaissés (Send’s), c'est-à-dire des ressources déjà mobilisées mais qui n'ont pas encore été versées. Cette situation persiste alors même que le portefeuille du Cameroun à la Bad est passé de 1 226,19 milliards à 2 149,89 milliards FCFA entre juillet 2023 et juillet 2026 (+57%).
Selon la récente note de conjoncture de la dette publique publiée par la Caisse autonome d'amortissement (CAA), les Send’s ont atteint 5 044,6 milliards FCFA à fin mars 2026. Sur ce montant, 69,1 % relèvent de financements multilatéraux, dont 838,5 milliards FCFA sont détenus par le Groupe de la Banque africaine de développement.
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Par Inès Marie Nga (Stagiaire)

