Encore quelques semaines, et la Banque Africaine de l’Energie (BAE) sera officiellement opérationnelle. Fruit d’un partenariat entre l'Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) et Afreximbank, l’institution qui financera des projets pétroliers et gaziers et soutiendra les objectifs de transition énergétique du continent lance ses activités en mars prochain avec un actif de départ de 120 milliards de dollars US (près de 76 254 milliards de Fcfa), a déclaré le ministre nigérian du Pétrole Heineken Lokpobiri, mardi dernier.
Le Nigeria, un des principaux moteurs de ce projet, joue un rôle central dans sa mise en œuvre. Le siège de la BAE sera basé à Abuja, où les travaux de préparation sont presque terminés. « Le bâtiment est prêt et nous ne faisons qu'y apporter les dernières touches, a affirmé M. Lokpobiri dont les propos sont relayés par businessday.ng. D'ici la fin de ce trimestre, cette banque prendra son envol ». Ce calendrier serré illustre l'urgence avec laquelle les pays membres de l'APPO perçoivent la nécessité de cette institution.
Ce projet d'envergure vise à fournir des financements adaptés aux besoins énergétiques du continent. Ainsi, la BAE ne se limitera pas seulement aux projets liés aux hydrocarbures. Bien que ces ressources restent cruciales pour nombre de pays africains, la banque soutiendra également la promotion des investissements dans les énergies vertes. L'Afrique, bien que riche en ressources naturelles, reste confrontée à une pauvreté énergétique massive. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), pas moins de 80% des gens qui n'ont pas accès à l’électricité dans le monde vivent en Afrique subsaharienne, soit environ 570 millions d'habitants sur un total de 1,2 milliard en 2022.
Cette situation compromet gravement leur qualité de vie et freine leur développement économique. En conséquence, a expliqué le ministre nigérian du Pétrole, la BAE entend mettre un accent sur une stratégie à deux volets : : optimiser les ressources en hydrocarbures pour diversifier les économies et investir dans les énergies renouvelables pour garantir la stabilité énergétique à long terme. « La transition mondiale vers une énergie plus propre n’est pas une menace, c’est une opportunité », a-t-il affirmé.
« S’affranchir de la dépendance aux capitaux étrangers »
Dans cette perspective, la création de la BAE constitue « un tournant vers l’autonomie financière » dans ce sens qu’elle permettra aux nations africaines de « s’affranchir de la dépendance aux capitaux étrangers et aux politiques extérieures qui ne correspondent pas aux priorités de développement de l’Afrique », dixit M. Lokpobiri. Les pays africains producteurs de pétrole et de gaz ont ainsi déjà commencé à mobiliser des fonds pour assurer la viabilité de cette institution. Selon les données de l’APPO, 45 % du capital initial de 5 milliards de dollars (environ 3 030 milliards FCFA) – qui servira de base pour le démarrage des activités – ont déjà été mobilisés en octobre 2024. Parmi les principaux contributeurs figurent le Nigeria, le Ghana et l’Angola, tandis que certains pays de la Cemac n’ont pas encore annoncé leur contribution.
Pourquoi la BAE ?
Pour mémoire, l’idée de la Banque africaine de l’Energie prend racine dans les décisions adoptées lors de la COP26 à Glasgow en novembre 2021. Une vingtaine de pays occidentaux, ainsi que des institutions financières majeures comme la Banque mondiale et la Banque Européenne d’Investissement, ont annoncé l’arrêt progressif du financement des projets d’hydrocarbures à l’étranger, sauf si ceux-ci incluaient des technologies de capture de carbone. En réponse à cette situation, l’APPO a officiellement annoncé en mai 2022 sa volonté de créer une Banque Africaine de l’Eénergie en collaboration avec Afreximbank. Avec des réserves prouvées de plus de 125 milliards de barils de pétrole et 600 000 milliards de mètres cubes de gaz, l’Afrique se positionne ainsi pour exploiter ses ressources tout en se dotant des outils financiers nécessaires à une transition énergétique adaptée à ses réalités.

